jeu. Avr 25th, 2019

Sur les traces de Chakouri Assani alias « Bob » ; un grand chasseur d’image qui laisse des clichés 

Né le 24 juin 1958 au Bénin, Chakouri Assani s’est éteint le 08 avril 2019 à l’âge de 60 ans ? Haut de 1,77 mètre pour une masse corporelle de 93 kilogrammes, l’homme gros et gras d’un visage innocent est de forme arrondie et de teint noir. Une bouche entre ouverte, les yeux flamboyants avec le front plat. Voir les cheveux sur la tête de Bob, parait comme trouver l’eau dans le désert (Il est un amoureux de chapeaux).
De ses grosses jambes, il sort une démarche majestueuse, équilibrée par ses épaules larges. Le gestuel parlant avec ses mains douces, il est direct et prompt. Chakouri Assani, professionnellement parlant est titulaire d’un doctorat vétérinaire (Il a étudié au pays de Jay-Jay Okocha).

 

Au début, il a servi à Tampras Entreprise au Nigéria au temps de Oluchègoun Obassandjo, puis au « MKO Abiola ». La première puissance économique en Afrique, est le pays d’origine de ses parents. Venus d’Oyo (Nigéria), son feu père, Liaou Assani est un ingénieur bâtiment féru du cuir rond. Il fut président de l’équipe de Gazapa à Guinkomin, de Gazapa de Zongo, président de la Jeunesse musulmanes et celui de Allèm club de Boxe.

 

Pour la gouverne, le père de Bob a promu plusieurs sportifs béninois dont le plus en vue a été Anah Charles, le grand gardien de l’équipe nationale de football dans les années 70-80 (Il a débuté sa carrière en tant que défenseur). Alimathou Sadiath épouse Liaou Assani, sa mère est une commerçante.

 

Dans les années 90, Bob retourne au Bénin, le pays où est enterré son cordon ombilical. Très ambitieux et dynamique, il a été nommé directeur marketing de « Matellas PEB ». Ensuite, Galiou Soglo, l’ancien ministre des Sports, a sollicité ses services dans sa cellule de communication. Un poste qu’il a également occupé au ministère de la Justice. Bien avant, il a écourté son passage aux cellules de « Com » du ministère de la Culture, et de celui de l’Économie maritime.

 

Épris des valeurs locales (les rites traditionnels), musulman de religion, Bob a deux femmes (l’une n’est plus). Productif, il a six enfants; une postérité riche de trois garçons et trois filles. L’ainée (plus de 35 ans) est décédée lors d’un accouchement le 2 mars 2014. Il fallait être là pour ressentir la peine et la douleur avec lesquelles il en parlait. Son visage du coup fermé, l’avait plongé dans un long silence en mémoire de sa fille. Si vous êtes étranger à Bob, vous ne pourrez jamais faire la différence entre lui et ses enfants. Si vous le voyez échanger avec des jeunes, le traitement demeure le même qu’un simple ami. D’ailleurs, Bob a une grande admiration pour la jeunesse avec qui, il partage son expérience. Ce qui justifie cette relation amicale entre sa postérité et lui, enterrant au fait le complexe de supériorité et de peur dans leurs différentes approches.

 

Chakouri Assani a une carrière riche de près de 40 ans auréolée de plus de 16 Coupes d’Afrique des Nations et près de 7 Coupes du Monde. Comme il le dit si bien « J’ai parcouru plusieurs stades dans le monde, ressortant des images de football ; j’ai des images qui parlent », il vous suffit de les voir donc.

 

Cependant son travail comme tout autre reporter, l’éloigne à des moments de sa famille, ce qui n’est pas sans effet. Depuis plus d’une décennie Bob fête ses anniversaires hors du Bénin. La coupe du monde étant programmée entre juin-juillet « J’ai beaucoup de nostalgie, heureusement très tôt le matin, je reçois le coucou des enfants ; « vieux père » vous êtes très loin, mais nous, nous fêtons ici, joyeux anniversaire » a-t-il fait savoir à notre micro avant sa mort.

 

En fait, en 2006 en Allemagne, se fut en compagnie de Rodrigue Guézodjè, Jean-Marie Sèdolo qu’une de ses bougies de plus a été soufflée. Ceci chez l’un de ses cousins logé au pays de Angela Merkel, dans la ville de Born. Plus loin en 2010 lors de la 19ème édition de la coupe du monde en Afrique du Sud, c’est l’hôtel Majella situé dans une zone appelée Ricardo de la ville de Pretoria qui a vu le Baobab Bob grandir d’un an. Cette fois-ci, c’était en présence de Codjo Chèkounou, président de l’hôtel le Barron de Lokossa, un ami intime de Bob et certains confrères camerounais avec qui, ils logeaient dans l’hôtel précité. Pareil en 2014 à Rio de Janeiro, lors de la 20ème édition de la coupe du monde au Brésil. Il était absent en Russie.

 

Comment est-il devenu un chasseur d’image ?
 
Issu d’une famille où son feu père fut féru de Football et de la Boxe, aussi avoir un oncle paix à son âme (Dorégo François), arbitre international de Football et de Boxe, le présent de Bob n’est qu’héréditaire. « Docteur Béreck », est l’autre sobriquet de l’homme. Très jeune, il tenait la boite à pharmacie de l’équipe de son feu père (Liaou Assani). Le fait marquant dans cette épopée a été le fait que « docteur Bérèck » voyait souvent son feu père, dessiner à main sur des isorels, des joueurs ou bien des boxeurs pour annoncer une rencontre ou un combat ( le week-end). Il faut noter qu’à l’époque, il n’y avait ni journaux ni publicités. Donc, une fois les affiches sont prêtes, « Bob » et ses amis devaient se charger de les placer à des endroits stratégiques afin d’attirer le public, le jour J. Cette tâche moyennant 100 F CFA, lui permettait d’aller au Vidéo club voir des films surtout indiens dans le temps. Chakouri Assani, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne peut se passer de son côté excentrique, quel que soit l’environnement dans lequel il se trouve.Il a toujours quelque chose pour vous arracher le sourire. « Tu te souviens mon fils, magicien a nan kou égbé ».

 

Lorsque « Bob » a eu l’occasion d’obtenir un appareil photo, ce qu’il a qualifié de « petit appareil » vue ce qui est utilisé de nos jours, faisant référence à son père, il a pris goût à la photographie. « Partout je passais où quand j’allais au stade, je prenais des photos dans toutes les positions possibles ».

 

Malgré ses moyens « moustiques », Chakouri Assani a couvert son premier grand évènement sportif, la finale de la CAN 1980 au Nigéria remportée par les Supers Eagles au détriment des Fennecs d’Algérie. L’homme nous a aussi confié que le décès en 1980 de feu Salako, l’un de ses meilleurs amis, l’a aussi motivé à faire la photographie. Après un derby fantastique entre « les Requins » de l’Atlantique et les « Dragons » de l’Ouémé, remporté par le club de Cotonou (1-0), ils ont été pris à partir par des supporters radicaux des Dragons de l’Ouémé et le pire arriva. Peu s’en fallait, « Bob » allait aussi laisser sa peau. Mais il a eu la vie sauve grâce à un monsieur dont-il ne se souvient plus du nom « J’ai été protégé par un monsieur vers le Lycée technique. Après avoir poignardé mon ami, ils m’ont pourchassé. Ne sachant ce qui se passait, mes parents me cherchaient, mais par la grâce de Dieu, ce monsieur m’a sauvé la vie en me cachant chez lui et je suis rentré tard dans la nuit…». Alors en mémoire de cet ami « Bob » traine toujours avec son appareil.

 

« Il faut que tu restes ici.. »
« Arrêtes, il faut que désormais tu restes ici avec nous et que tu travailles » lui a dit en 2002 au Mali, le doyen Daniel Djagoué. Sans hésiter « Bob » fit ainsi son entrée dans l’église des grands reporters. En effet, il cherche, chasse et foule les grands stades et capte « des images qui parlent ».

 

La rencontre avec Eto’o reste inoubliable
L’année 2002 a été très riche en souvenir pour « Bob » surtout son cursus de reporter. Au Mali en 2002, il fit la rencontre de Samuel Eto’o, la star du Football camerounais qui a donc invité le « Baobab Bob » dans sa chambre d’hôtel.

 

Assis sur le même lit en train de discuter, Eto’o a reçu un appel du président Paul Biya, chef de l’Etat camerounais avant la finale contre le Sénégal. C’était très tendu, avec les problèmes entre l’entraineur adjoint camerounais et le staff malien en demi-finale. Il y avait une situation de « Gbasse », où les policiers avaient menotté l’entraineur adjoint du Cameroun. Ce qui avait fâché la presse internationale, avait-il conté. Le Cameroun a finalement gagné (3-0). « Ma joie a été non seulement d’être proche d’un joueur de sa trempe, mais d’entendre le président Biya demandé à Eto’o de marquer avant la rencontre, (un but à la finale – ndlr), beaucoup de marque pour moi… ».

 

A côté des bons souvenirs, il y a parfois quelques mauvais. La Coupe du Monde junior 2005 en Hollande a été très pénible pour lui, a-t-il raconté. « Avec la délégation béninoise, on a traversé des situations les plus difficiles. Il fallait marcher sacs au dos, le matériel en main sur 10 kilomètres pour aller manger. En ce moment on avait lancé un SOS à Cotonou, journalistes béninois en danger à Paris, c’était terrible. De là, on a rejoint Amsterdam puis après jusqu’à Kelkal et puis « paff » là-bas je n’ai plus retrouvé mon sac, ni mes habits, rien que le matériel et les journaux que j’avais envoyé ». Heureusement pour lui que son cher ami, feu Bernard Tapis avait insisté qu’il monte les copies du journal Expresse Foot, ce qu’il a fait et envoyé. Pour les habits, il a fallu aller en ville pour en chercher. « Vraiment ce fût dégueulas… », a-t-il lancé.

 

« Bob n’aime pas qu’on empiète sur ses intérêts où qu’on le piétine. L’un ou l’autre soyez sûr que votre relation est ainsi enrhumée.», nous a confié un de ses amis. Selon ce dernier, s’il te confie quelque chose et que tu abuses de sa confiance, c’est à la police que vous allez trancher. Mieux lorsqu’il courtise une femme en tant que son ami, si tu t’avises sur ce même terrain ; sois sûr que votre cordon amical à l’instar du cordon ombilical humain sera immédiatement coupé.

 

« Docteur Béreck » nous a aussi confié que ce qu’il a de plus beau c’est son sourire, qu’il faut prier ne jamais le voir en colère contre vous. Un autre ami nous a dit qu’il ne l’a jamais vu se fâcher dans le cadre de son travail. Mais parlant de sa colère, il a vécu plusieurs situations de colères de Bob. « Franchement il ne garde pas rancune, sa colère est éphémère » a-t’il rajouté. Comme tout homme, « Docteur Béreck » a des principes et aime que la vérité. « Car j’ai vécu une situation avec son jeune garçon. Pour une première fois, je le voyais hausser un peu le ton sur l’un de ses enfants. C’est parce que le compte rendu du jeune homme n’est pas conforme à ce que disait l’autre personne que son père a eu au téléphone », nous a confié un de ses proches. « Chose bizarre, dès qu’il a senti que des gens s’approchaient, il a clos le sujet et est retourné dans son monde festif »; la leçon à tirer de ce comportement est que « le linge sale se lave en famille sans bruit ». Il est bien détendu avec ses enfants au dehors, ce qui ne change en rien le respect absolu qu’ils lui doivent, une fois à la maison. L’une de ses filles a eu à nous dire qu’à la maison, son père n’est pas du genre à fouiner dans la vie privée de ses enfants.

 

« Si au paradis, on devrait jouer … »
« Si au paradis, on devrait jouer le Football… je suis toujours prêt ». Répondant à la question de savoir que représente le Football pour lui, il affirme que « comme au Brésil et beaucoup de pays d’ailleurs, c’est mon opium. Le football m’a tout donné, l’amour, la joie, le bonheur, la tristesse. Si au paradis, on devrait jouer le Football ou recommencer, je suis toujours prêt, parce que trop de passion ».

 

L’ancien étudiant de Amadou Bello University Azaria est un fan du FC Barcelone et des « Red Davils ». Il le confirme en ces termes « Barça for life et Manchester United forever ». Le Football reste son passe-temps favori. Pour lui, le plus grand homme au monde c’est lui avant les autres disait-il « c’est ma philosophie que mon image soit responsable ». Bob laisse souvent le choix à son entourage pour parler de ses qualités. Quant à son défaut « c’est que je fume trop » a-t-il lâché avec un léger sourire. Il sait qu’il indispose, il se bat, il fait tout mais, il y est arrivé avant son départ vers le Père Céleste. Fin décembre 2018, il a pris sa dernière cigarette. Bien avant, vous pouvez donc tout lui demander et l’obtenir, sauf lui demander de laisser la « clope ».

 

Très reconnaissant, « Bob » a tenu à remercier au terme de notre échange un parterre de personnalités du monde sportif avec qui, il a collaboré. Il s’agit de Macca Macca Souba de sport 5 ; du feu Jacques Roux qui lui a donné l’opportunité de servir à Africa Foot, le site du Football africain ; de Francis Laloupo, premier Directeur de Africa n°1, devenu PDG de Go Africa Tv ; d’Emmanuel Maradas, le géant au niveau de la Fifa (2,10 m), à l’image de Diouf l’ancien président sénégalais. A tous les jeunes confrères et doyen de la presse béninoise qui l’ont accompagné durant les expositions qui a eu lieu tous les ans au désormais stade Général Mathieu Kérékou (Mémoire de chasseur d’image avec Express Foot), Bob n’a pas manqué d’adresser ses remerciements.

 

« Je tiens à vous dire que je suis très heureux de savoir parmi tant d’autres qu’un jeune ait accepté de me faire cet honneur de mon vivant, vraiment je suis animé d’une joie immense. », avait-il conclu.

 

Par, Jean-Paul Hemankpan

1 thought on “Sur les traces de Chakouri Assani alias « Bob » ; un grand chasseur d’image qui laisse des clichés 

  1. Paix aux âme du défunt. Mes condoléances les plus attristés a toutes ces proches ,particulièrement a sa femme,ces enfants et à son dauphin Didier KPASSASSI.Paix et courage a tout le monde.

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